Démarche

Influencée par mes études et mon intérêt pour la sociologie et l’ethnologie, mon travail s’inscrit dans la lignée du reportage social et du documentaire. Je suis guidée par des photographes humanistes “classiques” comme Henri Cartier-Bresson, Walker Evans et Joseph Koudelka (dans le choix de sujets à long terme et la façon de considérer la vie des gens, un certain formalisme dans les cadrages et la composition, le “decisive moment”), mais avec un regard actuel inspiré de photographes britanniques tels que Daniel Meadows et Martin Parr (implication /distanciation, profondeurs des plans, proximité / intimité).

Le but est de tenter de voir, et de donner à voir, la société (d’ici ou d’ailleurs) de l’intérieur, au-delà d’une vision folklorique, exotique ou ethnocentrique, même si l’influence de ma propre culture et de mes expériences est nécessairement présente. Si le voyage est spatial par définition, il est davantage social. Mes sujets de prédilection sont les gens «ordinaires» (ordinaires dans une société donnée), dans la vie de tous les jours. Malgré la gravité de certains sujets (vieillesse, détresse sociale…), ils sont abordés sans complaisance ni misérabilisme, sous un angle positif, sans vouloir cacher une réalité parfois difficile mais plutôt pour transmettre une image optimiste de la nature humaine.

Par idéal humaniste encore, une esthétique du quotidien est recherchée dans la forme (cadrage et composition, noir et blanc…), mais la photographie est avant tout porteuse de sens, de ma propre interprétation d’une scène vécue, d’une expérience intériorisée. Elle ne représente pas la réalité du quotidien mais elle traduit mon regard dans un va-et-vient incessant entre participation et distanciation.

Sur le terrain, je tiens à établir des rapports francs avec les gens que je photographie, une transparence des rôles de chacun, afin que l’appareil photo ne crée pas une distance dans la relation. Je me présente, je suis visible : «la photo ? c’est mon métier». Le dialogue s’engage souvent et alors s’opèrent une reconnaissance et une confiance réciproques. Parfois même je participe, je partage le même espace, la même activité. Peu à peu on m’oublie moi photographe. Mais je ne suis pas extérieure à la scène qui se joue, j’y participe également en tant que personne. Nous ne sommes plus étrangers l’un à l’autre puisque nous partageons le même quotidien, la même sphère. Cette attitude interactive, à la fois discrète et participante, me permet de retrouver la spontanéité d’une scène, d’une expression prise sur le vif, tout en respectant la personne et son droit de dire non.

Finalement, l’appareil photo crée une distance dans le regard du photographe mais pas dans la relation avec son sujet.