Manifestation contre la politique d’immigration

Vichy, 3 novembre 2008

Les 3 et 4 novembre 2008, la présidence française de L’Union Européenne réunit à Vichy, à l’initiative de Brice Hortefeux, ministre français de l’immigration et de l’identité nationale, l’ensemble des 27 ministres européens de l’Intérieur et de la Justice. Le but affiché de cette conférence : l’harmonisation, à l’initiative de la France, de leurs politiques sur “l’intégration” des immigrés. Un euphémisme qui a du mal à masquer une politique européenne de l’immigration de plus en plus dure, sous l’impulsion du gouvernement Sarkozy, dans la lignée de “la directive de la honte” conseillant l’emprisonnement des personnes sans papiers jusqu’à 18 mois dans les centres de rétention et des interdictions de territoire européen de 5 ans pour les expulsés. Dans ce contexte, le choix de la ville de Vichy sonne comme une provocation.

Un Contre Sommet a lieu en parallèle à Vichy et Cusset les 2 et 3 novembre 2007, ainsi qu’une manifestation sous haute surveillance policière qui réunit associations, syndicats et partis de gauche dans un collectif “Pour une Europe respectueuse des Droits de l’Homme” et notamment pour la défense des sans-papiers. Depuis plusieurs semaines à Vichy, le dispositif de sécurité se prépare massivement, avec le déploiement d’un arsenal disproportionné le jour de la manifestation (pas moins de 800 représentants des forces de l’ordre, CRS, Brigade Anti Criminalité, brigade montée, policiers en civils… pour 2000 manifestants selon la préfecture). Les trains depuis Paris ont été bloqués par la police, ainsi qu’un certain nombre de bus en provenance de Grenoble, Lyon…

Le cortège de la manifestation compte officiellement 2000 manifestants, son organisation est connue des autorités et le trajet a été déposé et accepté en préfecture. Le cortège est calme au départ, même si une partie des manifestants ne souhaite pas se cantonner à un simple défilé et a pour stratégie annoncée de dépasser le périmètre de sécurité et de perturber le sommet officiel. La tension monte d’un cran alors que le cortège est stoppé rue de Paris sur le trajet prévu par un cordon de CRS retranché derrière des barrières anti-émeutes. La manifestation est “tiraillée” entre groupes institutionnels qui appellent au calme et manifestants autonomes qui tentent de forcer le passage. Mais la répression policière ne se fait pas attendre : les bombes lacrymogènes pleuvent. Sous la charge des CRS, les manifestants se dispersent et sont contraints de se replier devant la gare puis à Cusset pour le meeting, toujours “escortés” par les forces de l’ordre et sous les projecteurs des hélicoptères. Des barricades sont mises en place pour empêcher la progression des forces de l’ordre, des voitures incendiées. Des interpellations musclées ont lieu en fin de cortège, dont certaines, selon plusieurs témoignages concordants, de façon totalement arbitraire.

Le meeting officiel réunissant le collectif se tient à l’espace Chambon à Cusset dans une atmosphère surréaliste : les institutionnels imperturbables dans la salle de conférence, à peine interrompus par les revendications des manifestants autonomes qui appellent à la solidarité envers leurs camarades arrêtés, alors qu’à l’extérieur de la salle, règne une ambiance de siège. Les forces de l’ordre sont aux portes du parc avec bombes lacrymogènes, lances à eau et tirs de flash balls…

Etaient présents au meeting de Cusset :

Catherine GUYQUINT (PS), Cécile DUFLOT (Les Verts), Florimond GUIMARD et Corinne MIALON (RESF), Anne LECLERC et Alain LAFFONT (LCR/NPA), Gilles LEMAIRE (ATTAC), Mireille SCHURCH et Francis WURTZ (PCF), Serge BRUGIERE (CGT), Jean-Michel DREVON (FSU), Catherine LEBRUN (Solidaires), Jean Claude MAIRAL (ANECR), Roger LE GUILLOU (LDH), la CIMADE, Collectif Citoyen Thiernois, Union Juive Française pour la Paix, Secours Populaire, Horizon, etc …

Dans les médias, l’accent est mis sur les “dérapages” de la manifestation par quelques “casseurs” isolés. Les revendications du contre sommet sont à peine relayées. Bien sûr, les élections américaines sont en tête d’affiche et en ces temps de crise financière mondiale, de baisse du pouvoir d’achat et de récession économique annoncée, le durcissement de la politique de l’immigration en France et en Europe arrive à point nommée, dans l’indifférence ou l’acceptation générale…

La manifestation du 3 novembre illustre la montée en puissance du couple contestation / oppression : face à une politique de plus en plus discriminatoire et autoritaire, la contestation sociale s’affirme sur le terrain, contestation à laquelle répond une répression des forces de l’ordre de plus en plus dure.

Oppression, discrimination, marginalisation, voire criminalisation des mouvements sociaux, surrenchère de la présence policière, répression, désinformation… : France “terre d’asile” ?? France “état de droit” ??

Voir et écouter l’intégral de ce reportage photographique et phonographique / phonographe, Thierry Moulat