J’étais sans-papiers…

Le terme générique même de “sans-papiers” recouvre des réalités diverses concernant les personnes qu’il désigne et les politiques associées. Ce terme flou, porteur d’une négation, représente l’ambivalence du regard porté sur ces personnes, entre suspicion et compassion, regard qui détermine la réponse politique et sociale qui leur est apportée.

Qui sont les sans-papiers ? Eclaircir ce terme permet d’éviter les amalgames douteux et de mieux comprendre les réalités et les enjeux qui les concernent dans notre société. Pour certains, les sans-papiers représentent au pire une menace ou au mieux des profiteurs de notre système et sont de toute façon à exclure, alors que pour d’autres ils sont des victimes à double titre que nous devons protéger, des clandestins responsables de leur condition et de leur illégalité ou des victimes de l’instabilité dans leur pays d’origine et des politiques de plus en plus défiantes par rapport aux immigrés en Europe et en France en particulier.

Quand on est sans-papiers la vie s’arrête (ni le droit d’étudier, ni le droit de travailler…). Elle est comme suspendue. Ensuite, il faut réapprendre à vivre, repartir de zéro, laisser son passé, souvent sa famille, ses origines, parfois même sa culture derrière soi : refaire des papiers, demander les aides sociales, prendre des cours de français, trouver un logement, passer ou repasser le permis de conduire, chercher et finalement accepter un travail qui souvent ne correspond pas à son niveau de qualification et au parcours professionnel du pays d’origine. L’entourage familial et social est alors primordial pour entrer dans la vie réelle. Souvent des liens forts se sont tissés entre les travailleurs sociaux et les membres associatifs lors de l’accompagnement qui va bien au-delà des seules démarches administratives pour la régularisation, liens qui perdurent ensuite. Passerelle entre la vie passée et la vie actuelle et future, les enfants ont un rôle central. Contrairement à leurs parents, ils ont pu être socialement intégrés par la scolarisation dès leur arrivée sur le territoire français. Beaucoup de responsabilités pèsent sur eux : ils assistent souvent leurs parents dans les démarches administratives, servent d’interprètes. Les rôles s’inversent… Il est dur pour les parents de les voir oublier leur langue, leur pays d’origine, mais ils sont porteurs d’espoir et de fierté. Leur réussite scolaire et sociale est reconnue et attendue, elle peut justifier à elle seule l’exil vécu si douloureusement par les parents.

Ce travail est issue de la rencontre avec une dizaine de familles et de personnes régularisées au cours des dernières années dans l’agglomération roannaise. Ils sont originaires d’Afghanistan, d’Albanie, d’Angola, d’Arménie, de Bosnie, du Congo, du Kosovo, de Mauritanie, du Rwanda, de Tchétchénie… Ils ont fui leur pays à cause de la guerre, des persécutions dont ils étaient l’objet pour leur appartenance à une ethnie, à une religion… Après des mois, des années d’angoisse, des moments de désespoir, ils ont obtenu leurs papiers et pour certains, la nationalité française…

Merci pour leur accueil et leur confiance.

Agglomération roannaise (42) / hiver 2009